Compte-rendu du voyage à Bolde Phediche sur la Timal danda (novembre 2016)

Pas de nouvelles sur le site depuis si longtemps mais j'ai une (bonne) excuse : je ne suis de retour du Népal que depuis 2 semaines après avoir accompli 50 jours de marche à travers la montagne himalayenne, un séjour débutant par un mois complet du côté du Mustang, cette province située au centre du pays, et finissant par le Kangchenjunga, à l'Est. Ces deux régions sont peuplées par des ethnies d'origine tibétaine et revêtent des caractères totalement différents : aride pour le Mustang, tropical pour le Kangchenjunga. Mais ce n'est pas pour cela que je souhaite vous laisser un billet de blog, mais ne vous empêchez pas de cliquer sur les liens précédents pour découvrir les exceptionnels voyages que vous pourriez accomplir dans le cadre de l'opération 1 trek = 1 maison en compagnie des villageois de Bolde Phediche que nous soutenons...

Trek au Mustang

Trek du Kangchenjunga

La période entre les deux treks début novembre a été mise à profit par Chhetup et moi-même, accompagnés de Georges et Fulvio (respectivement président et adhérent d'Enfances du Monde, partenaire associatif pour la reconstruction d'écoles dans le district de Kabre), pour aller rendre une visite "sportive" (marche, dénivelées conséquentes et ingestion de quelques litres de raksi...) Le but était de constater sur place les dégâts sur les constructions et évaluer ce qu'il restait à faire :
- pour le village de Bolde pour lequel notre association Reconstruction Bolde Phediche soutient financièrement les consolidations et reconstructions des maisons
- pour la colline de Timal en général où Enfances du Monde soutient financièrement la reconstruction des deux écoles de Dandagaon et Mechchhe totalement détruites au printemps 2015.

Deux enfants de Bolde Phediche

RESUME

Avant de poursuivre par un récit circonstancié de ce voyage de 4 jours sur les sentiers de la colline de Timal, je vais vous présenter succinctement les actions restantes (vous aurez les précisions en parcourant la suite du billet ci-dessous) :
- pour les écoles, les travaux seront terminés d'ici le tout début de l'année prochaine en prenant en compte les compléments de budget qui ont été alloués par Enfances du Monde.
- pour le village de Bolde Phediche, je pense que l'état sanitaire est revenu à 80% de celui d'avant les séismes. Il reste à poursuivre notre aide pour la reconstruction des trois maisons (le coût total estimatif est évalué entre 15 et 20.000€, somme qu'il nous faut collecter au plus vite pour que ces trois familles puissent disposer d'un logement décent). Dans le cas où les dons seraient plus importants, ils pourraient servir à fournir des barres de serrage des murs des maisons fragilisés et qui ont pour certains tendance à s'écarter les uns des autres.

Je peux en tout cas vous affirmer que l'accueil des habitants a été à notre égard des plus chaleureux (était-ce dû à l'ingestion de raksi...?) et que les sommes que vous nous avez confiées ont bien toutes été investies dans les réparations. Je n'en doutais pas un moment avec l'encadrement de proximité de Chhetup que je remercie encore du fond du coeur pour le travail de conduite de projet qu'il nous a dispensée (entre autres actions caritatives qu'il a pu mener de son côté).
 

COMMENT AIDER LES VILLAGEOIS DE BOLDE PHEDICHE ?

Je sais qu'il y a de nombreuses sollicitations en ce moment pour des actions à mener autour de nous avec cette "problématique" des migrants qui essaient "simplement" de sauver leur peau. L'Etat providence ne l'est plus ou ne l'a peut-être jamais été ! Aujourd'hui, les associations caritatives ont besoin de votre concours pour subvenir à des besoins naturels de bienséance, en France et pas seulement pour ces personnes qui viennent grossir la somme de ceux qui étaient déjà dans la nécessité (les SDF, les personnes en situation de précarité plus ou moins prégnante, etc.), mais aussi sur place, dans les pays étrangers. Ne mettez pas vos "oeufs dans le même panier", répartissez vos actions de donation un peu partout, les petites rivières font les grands fleuves. Merci d'avance !

Joyeux Noël et excellentes fêtes de fin d'année 2016. Que 2017 soit à la hauteur de ce que vous souhaitiez, en mieux si possible !

Pierre MARTIN
Président

COMPTE-RENDU DU VOYAGE

- côté village :
1) beaucoup de maisons avaient été fragilisées par les séismes mais que, bon an mal an, les villageois, après une période d'incertitude pendant les 6 à 9 mois de répliques qui ont suivi les séismes, s'en servaient à présent comme auparavant d'habitation et avaient totalement abandonné les tentes de fortune et les cabanons en tôle qu'entre autres vos dons avaient permis de construire.
2) qu'il ne restait que deux maisons endommagées partiellement et une, celle de Bhim, l'un de mes guides sur les sentiers, totalement détruite pour laquelle il avait commencé les travaux de reconstruction en repartant de zéro.
3) le gouvernement népalais a donné à chaque famille touchée 500€ au début de l'été 2016 pour qu'elles puissent entamer des travaux. Sous conditions d'avoir débuté ces travaux, elles ont reçu fin octobre un complément de 1500€. Solde de tout compte, sans prise en compte de l'importance des dégâts... Ce sera 2000€ que chaque famille aura reçu, un point c'est tout, quelque soit l'importance du travail de maçonnerie à réaliser ! Si certaines familles s'en sont bien sorti car leur habitation n'avait été que partiellement touchée, d'autres manquent cruellement de fonds pour pouvoir finir les travaux. Et c'est là que nous pouvons leur venir en aide...

La Sun kosi en arrivant par la piste à Bolde     On n'atteint Bolde qu'à l'aide d'un 4x4 tant la piste est chaotique     La partie basse de Bolde

La partie médiane de Bolde (la plus touchée)     Une des maisons fissurées de Bolde     Une autre maison fissurée de Bolde

La maison de Bhim en cours de travaux     La maison de Bhim en cours de travaux     Une deuxième maison en bien triste état...

- côté écoles :
1) Dandagaon est un village (comme son nom en népali l'indique danda = crête, gaon = village) situé sur une crête effilée sur laquelle il n'y a pas de place pour construire de nouveaux bâtiments pour l'extension de l'école et encore moins pour reconstruire les bâtiments détruits. Il y a quelques années, un projet financé par les japonais avait permis la construction en béton armé d'une structure à étages pour subvenir au manque de classes et accueillir les nouveaux enfants scolarisés. Cette structure a résisté aux séismes du printemps 2015 (on connaît la qualité anti sismique des constructions japonaises...) et, du fait du manque de place, le toit plat de ce bâtiment été choisi par l'architecte comme fondations pour le nouveau bâtiment de l'école. Aujourd'hui, les super-structures viennent juste d'être posées car la période de mousson ayant été extraordinairement longue et humide, les villageois n'ont pas pu acheminer par la piste cet été les matériaux nécessaires à la construction des murs. Cet automne, la piste d'accès au village a été viabilisée (on n'est pas sur l'autoroute A6 !) et des camions ont pu atteindre le village. Par contre, la somme initiale de 4400€ attribuée à ce projet par Enfances du Monde ont été insuffisants du fait du choix "obligé" de la construction sur le toit du bâtiment "japonais". Nous avons décidé (le président et la trésorière de notre association sont également adhérents d'Enfances du Monde...) de réattribuer un complément de 3000€ pour ce projet. Cela permettra de finir les travaux extérieurs et subvenir aux frais d'agencement intérieur (peintures, bancs, tables, tableau,etc.).

Les rudes pentes de la Timal danda     Un peu plus haut sous la crête de Timal danda     A l'approche de Dandagaon (par les chemins de traverse...)

A l'approche de Dandagaon     Les super-structures de la nouvelle école de Dandagaon supportées par le building japonais     Les enfants auront une belle vue plongeante sur la vallée de la Sun kosi...

Lors de notre passage où l'accueil a été très chaleureux, nous avions prévu de distribuer cahiers, crayons de couleur et feutres (achetés à Banepa sur la route, afin de ne pas détruire le tissu commerçant du Népal par un afflux de produits en provenance de l'étranger, et pour la même qualité qu'en Europe évidemment moins cher...). Nous avions simplement "oublié" que la période entre Dashain et Tihar ce sont les grandes vacances pour un mois et que nous ne pourrions de facto pas assister à des classes. Mais nous avons été très sensible au fait que de nombreux scolaires et professeurs se soient déplacés (même en période de vacances...) pour nous accueillir et nous remercier de l'effort que nous fournissions. La moitié des fournitures a été distribuée directement aux élèves présents, le reste a été confié aux professeurs et a été distribué 15 jours plus tard au moment de la rentrée des classes.

Distribution de fournitures scolaires à Dandagaon     Une partie des élèves de dandagaon     Georges, le président d'Enfances du Monde

Entre Dandagaon et Mechchhe, deux villages situés à l'opposé l'un de l'autre sur la colline de Timal danda, obligation nous est faite de faire le parcours à pieds comme hier entre Bolde et Dandagaon. Toutefois, les pentes sont moins affirmées et il y aura davantage de piste une fois arrivés sur le haut de la colline (tiens, le village fait aussi partie de Bolde ? Entre la rivière et le faîte de la colline, Bolde occupe plus de 1000m de pentes !). On fait une halte roborative au site religieux érigé en l'honneur de Guru Rimpoche. A la petite auberge qui jouxte le temple, nous sommes accueillis pour un repas dal-bhat arrosé au raksi mais aussi pour fêter bhai tikka, un jour très important dans le calendrier de Tihar puisque c'est la révérence des soeurs pour les frères et l'apposition d'une tikka (il s'agit d'une ou de plusieurs marques de peinture) sur le front des frères. Comme nous n'avions pas jusqu'à présent de soeur de sang népalaises, deux jeunes soeurs tamangs s'y "collent" pour nous faire entrer dans la famille... Journée consacrée à rejoindre la maison de Bhim (un autre de mes guides...) où nous sommes attendus chaleureusement. Mais on a tellement traînassé en chemin avec toutes les sollicitations de partager un thé ou un dahi (le yaourt népalais à nul autre pareil...) que l'on effectuera la liaison entre les deux villages avec un train de sénateur et que l'on descendra les 800m de coteau pentu entre le village de Mechchhe Pauwa (en haut) et sa maison (tout en bas...) à la nuit tombée à la lueur des lampes frontales. Il nous y attend un festin de "roi" et le raksi coulera à flots (enfin, difficile de s'en rappeler...).

Au-dessus de Dandagaon (les montagnes du Jugal himal au fond...)     Au-dessus de Dandagaon le séisme a laissé des traces...     Les montagnes du Jugal

Sur la crête de Timal     Le temple de Guru Rimpoche     Bhai tikka chez les tamangs

2) Mechchhe : Nous qui pensions que l'école se trouvait au niveau du village principal tout là-haut sur la crête (et incidemment que nous allions devoir se faire la grimpette, de jour cette fois-ci..., jusqu'à la crête), avons la "surprise" de poursuivre la descente bien entamée hier soir et rejoindre la rive de la Sun kosi. C'est ça de gagné...! Les écoles de Mechchhe sont construites au fond de la vallée, 1000m de dénivelée plus bas que le village de Pauwa, et vous savez quoi ? les enfants tous les jours que Bouddha fait descendent de là-haut (ou des hameaux intermédiaires) pour se rendre à l'école et dans l'après-midi remontent : 1h pour aller à l'école le matin, 1h30 pour en revenir, et bien sûr à pieds ! Une fois dans la vallée nous rencontrons le directeur des écoles de Mechchhe au niveau de l'une d'entre elles et nous poursuivons encore plus d'une heure dans le delta de la confluence des rivières pour rejoindre un village commerçant situé au bord de la route Kathmandou - Biratnagar. Nous prenons un solide dal-bhat dans un petit restaurant de routiers avant d'être rejoint par les professeurs avec lesquels nous remontons jusqu'à la plateforme sur laquelle a été construite la nouvelle école, au pied des ruines de la précédente. Ici, les villageois n'ont pas connu de problème particulier pour acheminer le matériel puisque le bâtiment se situe au bout d'une piste à 50 mètres au-dessus de la route goudronnée. Nous avons même le plaisir d'inaugurer la finition des travaux du gros-oeuvre, les finitions intérieures étant en cours d'achèvement. Le Président coupe le ruban d'inauguration et nous en profitons pour visiter le pôle scolaire (il y a d'autres bâtiments construits pas les japonais juste au-dessus). Nous nous rendrons ensuite de l'autre côté de la vallée pour visiter les structures provisoires en bambou de l'école de remplacement en fonction depuis l'été 2015. Le bambou, c'est écolo, c'est solide, ça peut se tordre sous les vibrations du sol en cas de séisme mais seulement lorsque le bois est encore tendre. Sur le long terme il devient cassant comme du verre et avec l'humidité de la mousson moisit et se délite. A la vue des travaux réalisés pour la somme initiale de 8800€, nous avons décidé de verser une somme complémentaire de 3000€ pour la finition des travaux d'aménagement et la fourniture des bancs et chaises. Nous n'avons pas oublié non plus les cahiers, crayons et stylos qui ont été distribués à chacun des élèves à la mi-novembre lorsque l'école a repris. Prenant en considération les marches quotidiennes des enfants pour suivre les cours, peut-être aurait-il mieux valu leur offrir des chaussures, non...?

La nouvelle école de Mechchhe     La nouvelle école de Mechchhe     Accueil à l'école de Mechchhe

L'ecole de Mechchhe     L'école de Mechchhe     Les anciens bâtiments de l'école de Mechchhe

Dans l'après-midi, retour en jeep vers Kathmandou, moi pour préparer le trek du Kangchenjunga, Georges et Fulvio pour poursuivre leur (re)découverte du Népal en compagnie de Tersang, un jeune villageois super sympa et très intelligent de Bolde qui a conquis le photographe Fulvio par ses capacités rapides d'apprentissage.

action solidaire dons école photos