Rapprochement avec Enfances du Monde

Drôle d'histoire que celle-là... Revenons début avril 2015 alors que le Népal était calme et grignotait petit à petit son (gigantesque) retard sur les autres pays de la planète étant dans le peloton de queue de l'Humanité en terme de PIB... Au cours du trek Balcons de l'Annapurna et du Dhaulagiri, David Ducoin et moi nous rencontrons au refuge de Bayeli. Il est ici en repérage avec une équipe réduite de Thamserku pour créer un circuit qui sera par la suite proposé au catalogue Allibert. Je le connaissais de renom (excellent photographe, aventurier et fin connaisseur des mondes hindouistes et bouddhistes, accompagnateur occasionnel pour le compte d'agences de trek françaises, etc.), il avait entendu parler de moi au travers d'une relation commune, Jérémie, et nous échangeons à bâtons rompus sur nos motivations, nos centres d'intérêt, notre vision du Monde, sur notre amour des peuples et des civilisations, passionnants comme peuvent l'être les népalais ou les ladakhis... Nous passons une excellente soirée, ce coup-ci légèrement arrosée de (nombreuses ?) bouteilles de bière. Le lendemain, nous effectuons en deux groupes séparés un parcours identique jusqu'à Kopra danda où nous nous retrouvons dans ce lodge posé entre ciel et terre. C'est sur le coup de 2h du mat', en se levant des bancs pour épancher le trop-plein dû à l'ingestion d'une quantité astronomique de rakshi, que l'on s'est aperçu, et nos amis népalais aussi, qu'il se pouvait que terre et ciel aient vus leurs sens inversés pendant que nous parlions de tout et de rien... Nuit courte mais bonne et étonnamment pas embrumée. A partir de ce moment-là nous décidons de poursuivre le chemin (quasiment) ensemble pour terminer à Kusma. Lui retourne sur Katmandou pour accueillir un groupe qui arrive de France et effectuer le tour du Manaslu, moi je reste sur place, assistant au passage à la célébration du Nouvel An népalais, la bientôt fameuse année 2072 ! On s'est promis de se recontacter au retour du Népal. Bon, sans plus...

David au Hampal pass

Je vais faire un petit tour à Chitwan puis de retour à Pokhara, je pars avec deux compagnes (quelle chance il a ce gars !) effectuer le Grand Tour du Mustang que j'ai composé méticuleusement mais qui va s'arrêter bien précipitemment, en "plein (en)vol", le 26 avril, tremblement de terre oblige (oui, le 26 car le 25, on ne s'était aperçu de rien, nous, perdus au fin fond des canyons du sud-est du Mustang, où la Terre avait juste frissonné... si ça vous intéresse, vous pouvez prendre connaissance du billet de blog ici). On apprend jour après jour ce qui s'est passé juste de l'autre côté de la barrière de l'Himalaya (Annapurnas, Manaslu, Ganesh, Langtang, Helambu et Rolwaling ont été touchés, tous sur le versant sud, nous étions au nord...) et je m'inquiète de ce que sont devenues les personnes que je connais et qui se trouvaient au Népal dans les régions touchées. On apprend assez vite que Paulo Grobel, au camp de base du Manaslu, s'en est tiré avec une grosse peur suite à l'avalanche dans le couloir neigeux au pied duquel était dressé le camp de base mais pas de nouvelles de David qui était sensé se trouver dans le même coin voire même très proche de Paulo puisque je lui avais conseillé de faire un détour par le camp de base du Manaslu et le lac Birendra Kund... Avec mon téléphone satellitaire, j'essaie de nombreuses fois de joindre le numéro de David au Népal, sans succès... Dans la presse népalaise, on parle de groupes disparus dans les régions du Langtang, du Ganesh et... du Manaslu. "Il est hors de question que je perde un si bon ami de fraîche date..." me dis-je, en ironisant un peu. Mais cette incertitude me tarabuste tous les jours davantage. Le festival Tiji à Lo Monthang se déroule sans que nous ayons à peine senti le deuxième tremblement de terre (il a fallu que Marie m'appelle par téléphone pour m'informer...) et toujours pas de nouvelles de David. Ce n'est qu'en revenant du côté de Jomosom que je parviens à le toucher par téléphone, sain et sauf, avec en mémoire la (ou les) plus grosse(s) peur(s) de sa vie... On se promet de reprendre contact ensemble une fois en France. En juillet, je lui annonce la création de "Reconstruction Bolde Phediche" puis c'est en septembre qu'il me parle de l'opportunité que l'association Enfances du Monde dont il est à l'origine de la création dans la lignée d'AAZ de Marc Damiens qui oeuvrait sur le Zangskar (pour faire court, mais il y aurait tant à raconter...) puisse financer la reconstruction, non pas des maisons mais des écoles puisque c'est le domaine de prédilection de cette association. Et, depuis septembre, nous travaillons de concert avec le président, Georges Lerestif (et bien d'autres que je ne connais pas encore), à initialiser ce ou plus précisément ces chantiers de reconstruction de deux écoles au coeur de villages situés non loin de Bolde Phediche, mais eux, carrément paumés ! Comme quoi, cette rencontre improbable, ainsi que l'écrivait Diderot dans Jacques et son Maître, "c'était écrit là haut"...

Avec l'espoir que nous puissions collaborer longtemps ensemble, enfin longtemps... c'est carrément triste, pourquoi ? Parce que ça signifie que la misère des peuples n'est pas prête à cesser !

Pierre MARTIN

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